
Exposition extraordinaire sur l'Alexanderplatz, retraçant les 20 dernières années du mur.
"Wir sind ein Volk". Nous sommes un peuple, insiste-t-il sur le "un", célébrant la réunification, ou sur peuple, c'est-à-dire au retour à la démocratie. On en revient à 'l'Ostalgie', phénomène dont il a déjà été question et qui ne cesse de nous interroger. Un bref tour sur un article de Monde diplomatique et sur wikipédia nous a permis d'établir ce qui suit.
"L'ostalgie désigne les regards en arrière sur des éléments de la vie de tous les jours dans l'ancienne RDA". On la retrouve dans le cinéma et la musiqe allemande, ainsi que dans les Ostalgie-Partys, dont le principe est de débarquer en trabant, vêtus d'habits caractéristiques de la DDR ou carrément en sosie d'Honecker et de s'agiter sur des airs de musique de la DDR en dégustant des produits alimentaires typiques.
Outre ce petit folklore, là où l'Ostalgie est la plus pregnante, c'est bien dans l'atmosphère et les dires de la plupart des Berlinois qu'on a rencontrés.
Premier phénomène, le plus évident, les conséquences du passage brutal au capitalisme, parfois 'sauvage' (envahissement de l'espace public par des panneaux publicitaires, chômage, accroissement des inégalités hommes/femmes, augmentation des prix, etc). Cela est exacerbé par le contexte de crise actuel, imputé au système capitaliste. L’Ostalgie ne surgirait-elle pas justement du choc entre déception d’une partie du présent et regret d’une partie du passé ? En témoigne par exemple, la célèbration de la réunification allemande le 3 octobre par un concert sous la porte de Brandebourg, sponsorisé par Coca-Cola :

Ainsi le travail de mémoire est important. Non seulement parce que la RDA a disparu sans qu'il n'y ait eu de réel deuil, ce qui serait le rôle de l'Ostalgie, à retardement, mais aussi en regard de la situation actuelle de crise. Une jeune journaliste explique :
"L’Ostalgie aide les Allemands de l'Est à reprendre confiance, en réhabilitant, dans leur passé, ce qui mérite de l’être et doit être défendu par une action collective."
Elle serait également une de leurs réactions face à un sentiment presque de négation de leur passé par l'Ouest et le capitalisme. Les ex-Allemands de l'Est ressentent dans la critique du socialisme une mise en cause de leur propre biographie.
Des éléments d'explication du phénomène doivent être cherchés dans le passé : marqueurs objectifs de réussite du socialisme (système de santé accessibles à tous et performants, égalité hommes/femmes etc). A ce titre, il est intéressant de se rappeler que la chute du mur n'a pas signé la fin d'une époque, puisqu'après, il existait encore des partisans d'une 'démocratisation' de la RDA, qui ne représentaient que 5% de la population. D'où l'ampleur du paradoxe de l'Ostalgie, de ces Allemands qui ont souhaité la fin de la RDA et tout à la fois la regrettent par certains aspects. Sans doute peut-on y voire une mélancolie diffuse de gens qui n'assument pas l'ambivalence de leurs sentiments à l'égard de la RDA.
Plus étonnant encore, la forte présence de cette Ostalgie chez les jeunes qui n'ont pas connu la RDA. Elle surgit certainement de la difficulté de l'intégration dans le monde du travail ou de l'éducation, des difficultés de la vie quotidienne. Les lacunes dans la connaissance de l'histoire récente de l'Allemagne n'y sont pas non plus étrangère.
L'Ostalgie représente donc plutôt
« une fuite hors de l’alternative »
Un poème de Bertolt Brecht dit :
« Je suis assis au bord de la route
Le chauffeur change une roue
Je ne me sens pas bien là d’où je viens
Je ne me sens pas bien là où je vais
Pourquoi est-ce que j’observe le changement de roue
Avec impatience ? »